Parentalité

Vous avez dit Parentalité bienveillante ?!

On entend de plus en plus parler de parentalité bienveillante, de parentalité positive, de parentalité consciente, de parentalité respectueuse… Alors, je me suis dit que ce serait intéressant de creuser un peu plus, de chercher ce qu’on met derrière ces beaux mots, mais surtout d’en comprendre la finalité.

C’est vrai, lorsque je parle de parentalité bienveillante, cela sous-entend peut-être qu’il existe une “parentalité malveillante” ? Or, je ne le crois pas. Je suis même persuadée que chaque parent (normalement constitué, ou normalement câblée comme dirait ma psy) souhaite, espère, recherche, VEUT le meilleur pour ses enfants. Même les parents utilisant des méthodes dites “traditionnelles” (comme des menaces, du chantage, des fessées ou autres châtiment corporel) sont persuadés du bien fondé de leurs faits et gestes et sont même souvent convaincus qu’ils le font POUR LE BIEN de leurs enfants. Dans son livre “C’est pour ton bien” (paru il y a plus de 20 ans !),  Alice Miller1 dénonce clairement les méfaits de cette éducation dite traditionnelle. Elle explique que “la pédagogie noire2” (comme elle l’appelle) est transmise de génération en génération en enseignant des principes tels que (entre autres) : “les adultes sont les maîtres (et non pas les serviteurs !) de l’enfant encore dépendant, qu’ils tranchent du bien et du mal comme des dieux, qu’il faut “ôter à l’enfant sa volonté” le plus tôt possible”,3

Voilà par exemple un extrait de ce qui était écrit à l’intention des parents :

L’enfant est pâte, qu’il faut modeler. Ceci est nécessaire, et expressément recommandé : « il faut rappeler aux parents intelligents que c’est très tôt qu’ils doivent rendre leur enfant docile, souple et obéissant et l’habituer à dominer sa propre volonté. C’est l’un des éléments essentiels de l’éducation morale et le négliger est la plus grave erreur que l’on puisse commettre. » (FS Bock p.65).

Alice Miller rajoute que “l’une des méthodes de la “pédagogie noire” consiste également à transmettre dès le départ à l’enfant des informations et des opinions fausses. Ces dernières se transmettent depuis des générations et sont respectueusement reprises à leur compte par les enfants, alors que non seulement leur validité n’est pas prouvée, mais qu’il est prouvé qu’elles sont fausses. Entre autres opinions erronées, on peut citer par exemple les principes selon lesquels ;
– on peut tuer la haine par des interdits ;
les parent méritent a priori le respect en tant que parents ;
les enfants ne méritent a priori aucun respect ; […]
un sentiment élevé de sa propre valeur est nuisible ;[…]
les marques de tendresse sont nocives ;
il ne faut pas céder aux besoins de l’enfant ;
la dureté et la froideur sont une bonne préparation à l’existence ;[…]
– l’apparence est plus importante que l’être ;[…]
la vivacité des sentiments est nuisible ;
– les parents sont des êtres dénués de pulsions et exempts de toute culpabilité ;
les parents ont toujours raison”3

« Pour inculquer à l’enfant ces valeurs presque universellement reconnues, (…) l’adulte doit parfois recourir au mensonge, à la dissimulation, à la cruauté, aux mauvais traitements et à l’humiliation, mais chez lui ce ne sont plus des « valeurs négatives » parce qu’il est déjà éduqué, et qu’il n’est contraint d’employer ces moyens que pour parvenir à l’objectif sacré, à savoir que l’enfant renonce au mensonge, à la dissimulation, au mal, à la cruauté et à l’égoïsme (…) en fait ce sont l’ordre hiérarchique et le pouvoir qui déterminent en dernier ressort qu’une action est bonne ou mauvaise » (op.cit. p.82)

 Alice Miller dénonce clairement ces faits et va même, dans la suite de son livre, étudier de près l’enfance de 3 personnes connues (dont A. Hitler) et corréler ses actes militaires (et ce qu’on connait de lui) à sa plus tendre enfance.

Ce livre est très riche pour qui souhaite se questionner sur sa propre parentalité, sur certaines “croyances” qui nous sont transmises, sans même que nous en ayant conscience, ainsi que sur la réalité de ce qu’ont certainement dû vivre nos grands-parents (et peut-être même nos parents). Plusieurs extraits m’ont particulièrement bouleversé, et j’ai pu prendre conscience d’un certain nombre d’injonctions qui sont ancrées en moi, ou même dans mon entourage, sans que je n’y ai réfléchi jusqu’à présent.

Grâce à cette lecture (entre autres) et à un travail sur moi-même, je SAIS à présent ce que N’EST PAS la parentalité que je souhaite vivre AVEC mes enfants ! Et savez-vous pourquoi ? Parce que je rêve de voir mes enfants épanouis, sereins, confiants, pleins de ressources, débordants d’énergie, curieux, créatifs, spontanés, heureux, empathiques, … (et si vous lisez ces lignes, c’est que vous le souhaitez aussi pour vos enfants !!!) 

Et pour cela, j’ai décidé d’être VRAIE avec mes enfants. De communiquer avec eux, sans leur mentir, sans leur faire penser que je suis parfaite. En m’excusant lorsque je me trompe, en les respectant comme des êtres à part entière. En leur faisant (vraiment) confiance, en leur montrant l’exemple, en les encourageant, en les valorisant. En les accompagnant dans les émotions qu’ils peuvent traverser. En les aimant tout simplement.

Alors, c’est vrai, ce n’est pas simple. Cela demande du temps, de l’énergie (beaucoup !), de la patience (énormément !). C’est même souvent frustrant pour nous, parents, parce que nous aimerions tellement récolter rapidement les fruits de toutes ces graines que nous semons…

Souviens-toi que le jour où tu plantes la graine n’est pas le jour où tu manges le fruit. (@lemondesemerveille)

 

Tous les termes cités au début de l’article au sujet de la parentalité (bienveillante, consciente, positive, respectueuse), se recoupent et sont intimement liés : lorsque je choisis d’être bienveillante envers mes enfants (à chaque instant), je prends conscience de mes actes, de mes mots, de mes attitudes, qui auront un impact sur le développement de mon enfant (à moi de choisir si l’impact sera positif ou négatif !). Je souhaite les respecter dans leur développement, dans leurs capacités, dans leurs apprentissages et j’utilise différents outils comme la communication non violente (la CNV dont vous avez peut-être entendu parler) ou encore des outils de pédagogie positive.

Je rappelle encore une fois (parce qu’on a tendance à idéaliser derrière de jolis mots) que je suis loin d’être une mère parfaite. Simplement, j’accepte que mes erreurs soient bénéfiques pour mes enfants dans la mesure où je les reconnais (pour mieux les éviter et pour m’améliorer), et où je leur permets de également de faire des erreurs eux aussi !!!

Et pour finir, je souhaite préciser que la parentalité bienveillante n’est pas du laxisme, contrairement à ce qui est parfois sous-entendu :

Un adulte bienveillant n’est pas un adulte qui satisfait l’enfant dans chacun de ses désirs, c’est celui qui le reconnait dans chacun de ses besoins.” OSTIANE MATHON

Et c’est là toute la différence : l’enfant a des désirs et des besoins. Et c’est à nous de comprendre nos enfants pour répondre à leurs besoins parce que bien souvent ils sont trop petits pour pouvoir l’exprimer par des mots : ils pleurent, ils crient, ils se mettent en colère, … Mais tous ces comportements (qui parfois nous dérangent parce qu’on ne les comprend/écoute pas) sont une manière de communiquer des enfants (et parfois la seule !). Pour autant, lorsque son besoin est reconnu (comblé ou même simplement verbalisé par l’adulte), l’enfant se sent “exister”.

Dans tous les cas, rappelez-vous qu’on ne peut pas donner trop d’amour : la véritable affection nourrit l’enfant, le fait grandir, l’aide à aller de l’avant, pour enfin se détacher et devenir un adulte épanoui.

J’espère sincèrement avoir pu vous éclairer sur votre parentalité, sur la parentalité en générale , et surtout susciter en vous un véritable intérêt à comprendre vos enfants et profiter d’une entière relation de confiance avec eux.

Si vous avez d’autres questions, n’hésitez pas à me les poser en commentaire !

1 Alice Miller (1923-2010), psychanalyste qui (dès 1980) se consacra entièrement à ses recherches sur l’enfance des plus grands criminels.

2 Pédagogie noire : “Il s’agit véritablement d’instructions pour manipuler et maltraiter son enfant. Sous couvert de l’éduquer, tout est permis. On étouffe en l’enfant toute possibilité de s’exprimer, de se tromper, de vouloir quoi que ce soit, de penser par lui-même.” Alice Miller (1923-2010), psychanalyste qui (dès 1980) se consacra entièrement à ses recherches sur l’enfance des plus grands criminels

3Op. cit. p.77

 

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