Jardin secret

Une grossesse non désirée

Je m’en souviens comme si c’était hier. C’était un samedi. Je devais avoir mes règles ce matin là, et rien n’est venu. Les heures me semblaient longues et interminables. Pourtant, j’avais toujours rêvé d’une famille nombreuse, même très nombreuse. Pas comme un idéal, mais plutôt comme une vocation. On avait déjà 3 enfants (de 5ans, presque 3 ans, et 18 mois) mais l’année qui venait de s’écouler avait été bien compliqué, et nous venions tout juste de retrouver un précieux équilibre. Si précieux que j’avais accepté l’idée de n’avoir “que” 3 enfants. J’avais fait le deuil d’éventuels autres enfants. Nous avions décidé, d’un commun accord avec mon chéri, de nous arrêter là. Et voilà que plus les heures passaient, plus mes pensées se bousculaient dans ma tête. Je décidais de ne plus y penser et de laisser passer un autre jour. Puis un autre. Et encore un autre. Plus le temps passait, plus l’évidence était devant moi. Mais je refusais d’y croire, ou même de le savoir. On était quelques jours avant Noël et je m’étais dit que, dans tous les cas, je ne ferai pas de test de grossesse avant les fêtes pour ne pas les gâcher. Les jours continuaient de passer tandis que l’espoir de voir mes règles arriver et chasser toutes ces frayeurs diminuait. Au bout de 10 jours, je continuais de penser que tout “espoir” n’était pas perdu. Mais en vain. Après presque 3 semaines de “retard”, je me suis décidée de faire le test de grossesse, juste pour être fixée et pour passer à autre chose, dans le cas où il serait négatif… Evidemment, il était positif.

Alors, je me suis mise en colère. Pourquoi moi ? Pourquoi nous ? Pourquoi la Vie permettait t-elle qu’un petit bout se développe en moi, qui n’en voulait pas, alors que des milliers d’autres femmes en rêvaient ? Je trouvais cette situation tellement…injuste ! Des idées contradictoires se bousculaient dans ma tête. J’étais clairement opposé à l’avortement (là n’est pas le débat), mais que faire quand on a un bébé mais qu’on en veut pas ? Et comment va réagir mon chéri ? Je n’osais même pas l’imaginer… Les jours suivants furent compliqués. Je bouillais intérieurement. J’étais révoltée, fâchée, contrariée.  Cette grossesse me paraissait insurmontable, même inenvisageable, et pourtant tout doucement, un petit bonhomme faisait son nid, juste là, au creux de mon ventre. Les semaines passaient, pleines d’interrogations, de doutes, mon ventre gonflait, sans que je ne puisse me résoudre à annoncer quoique ce soit à la famille et aux amis : l’annoncer aurait été l’accepter. Or, je n’y étais pas prête encore. Je continuais ma vie, comme si de rien n’était.

Mais un “incident” se produisit. Un soir, je me mis à perdre du sang. Un peu, puis beaucoup. Avec de grosses crampes dans le ventre. Arrivée aux urgences, la sage femme m’explique que c’est un décollement des membranes très important, que les jours suivants vont être décisifs mais qu’elle ne peut pas se prononcer quant à l’issue de ces quelques jours. Et là, contre toute attente, je me suis effondrée. C’est vrai, ce petit être qui se développait en moi n’avait pas demandé non plus à venir ! Et moi, je l’ignorais, je lui en voulais presque, comme si c’était lui le responsable !

A partir de ce jour, j’ai su que j’aimais ce bébé et que je l’aimerai quoiqu’il arrive. J’ai commencé à lui parler, à lui faire une place dans ma tête, dans mon corps, dans notre famille. Je lui ai expliqué que, maintenant, il pouvait être rassuré parce qu’on l’attendrait avec joie. Bien sûr, il y a eu des hauts et des bas. Le cheminement était encore long, mais à partir de ce moment là, je voulais que ce bébé sache qu’il avait le droit d’être là. Je suis convaincue que les échanges entre une mère et son bébé in utéro vont au delà des échanges physiologiques. D’ailleurs, des études récentes (publiées sur The conversation, 2017) ont montré que les émotions de la femme enceinte étaient aussi ressenties par le fœtus.

Depuis sa naissance, je continue à lui dire qu’il a toute sa place parmi nous. Et je lui raconte son histoire. Parce qu’elle est unique. Parce qu’elle n’est pas tabou. Parce que je veux qu’il comprenne que ce n’était pas lui qui n’était pas attendu, mais l’idée d’avoir un autre enfant. Et surtout, je souhaite qu’il croit en notre amour inconditionnel pour lui. Parce que c’est dans cet amour là qu’il puisera sa force pour devenir un enfant heureux et épanoui.

Si je vous raconte tout ça, c’est parce que je sais que je ne suis pas la seule à avoir vécu cette situation. Comment ai-je fait pour terminer cette grossesse beaucoup plus sereinement qu’elle n’avait commencé ? Pour changer mon état d’esprit ?  Pour accepter ce bébé alors que je ne désirais plus d’autre enfant ?

Tout d’abord, ce que je pense être le plus important, c’est d’être entouré des bonnes personnes. Elles n’ont pas besoin d’être nombreuses, mais elles doivent avoir (au moins) ces deux qualités : être bienveillantes et savoir faire preuve d’écoute empathique. Parce que la première étape pour accepter une grossesse non désirée, c’est déjà d’accueillir les émotions négatives que l’on ressent vis à vis de cette grossesse. Et si on arrive à parler à un.e ami.e de nos états d’âme, cela peut s’avérer une aide précieuse. Avoir le droit de ne pas avoir envie d’être enceinte. Et surtout, que la personne à qui l’on se confie puisse être exempt de tout jugement.

Après avoir accompagné nos émotions (la colère, la tristesse, la culpabilité même !), l’étape suivante est d’échanger, de communiquer toujours auprès de personnes bienveillantes, qui vont nous aider à aller de l’avant, pas après pas : se concentrer sur le positif, en tout conscience. Ce n’est pas ignorer les difficultés, c’est simplement se poser avec lucidité pour rechercher de la gratitude face à notre situation. A partir de ce moment, on entre dans un cercle vertueux : on choisit d’être positif, de voir la suite comme une chance.

Ces différentes étapes sont plus ou moins longues selon les personnes. Heureusement, la grossesse dure 9 mois, ça laisse le temps de s’y préparer ! Dans tous les cas, accordez vous le temps qu’il faut pour accepter, souvenez vous qu’on ne gravit pas une montagne d’un seul coup, mais seulement en avançant un pas après l’autre.

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